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Archives 2012 | Thomas Sankara : Osez inventer l’avenir, signé MaD

Le 15 octobre dernier marquait la 25ième année depuis l’assassinat du président Thomas Noël Isidore SANKARA. La semaine qui précédait cette date soulignait la 45ième année de l’assassinat d’Ernesto « Che » Guevara. Points communs entre ces deux personnages? Tous deux révolutionnaires, l’un panafricaniste, l’autre panaméricaniste, symboles de luttes pour la justice; ces deux nous ont montré qu’il est possible pour une nation de prospérer par elle-même, sans subir l’aliénation doctrinaire imposée par l’impérialisme et son stade suprême : le capital. Tous deux finalement sont stoppés à la fleur de l’âge puisque leurs idées ne convenaient vraisemblablement pas à certains groupes qui nous conditionnent depuis trop longtemps à suivre une doctrine linaire.

Je témoigne ici de ma gratitude envers Sikk de m’accorder le privilège de pouvoir dédier ces quelques mots à la mémoire de mon héro « Tom Sank » sur son espace d’expression, et de partager quelques points qui suscitent mon admiration pour cet homme. Mon héro parce que nous sommes tous deux nésun 21 décembre? Parce qu’il est né deux semaines après ma mère? Parce qu’il est le seul à m’avoir fait comprendre qu’il me fallait arrêter de manger au McDonald’s? Si seulement…

Quand à l’âge de 33 ans le jeune capitaine s’empare du pouvoir par un brillant coup d’État et une grande popularité au sein du peuple en 1983, il renomme son pays – autrefois nommé la Haute-Volta : le Burkina Faso, « Terre des Hommes intègres ». Voici la première des caractéristiques qui forge mon admiration. Son intégrité. Au cours de ces quatre ans de présidence, Sankara aura vendu les luxueuses voitures d’État pour les remplacer par des modestes R5 (l’équivalent d’une Tercel?) et aura effectué tous ses voyages d’État avec son équipe en classe économique. Ça en allait même à s’assurer d’utiliser les deux côtés d’une feuille pour éviter le gaspillage! L’idée était simple : nous sommes un pays pauvre, travaillons donc à s’en sortir par nous-mêmes. Personne ne le fera pour nous sinon. Ces exemples soulignent son penchant pour le développement autocentré du continent africain. Personne ne nous sortira de la merde. Combien de pages va-t-il encore falloir tourner pour se rendre compte que le développement de l’Occident est tributaire du sous-développement des pays du « Tiers-Monde » qui représentent en réalité plus du 2/3 de la planète, et que les bases actuelles du système établi ne font que nourrir la pérennité de ce système d’exploitation? Que ça vous plaise ou non, il existe une corrélation entre la ruine de notre continent et le décollage de l’Occident. Sankara l’a compris, et il aura sacrifié sa vie à faire ce que les autres présidents n’ont pas fait : faire comprendre les autres.

Pour expliquer à son peuple, Sankara comparait la domination de l’impérialisme à un grain de riz qu’il montrait au public. En Afrique, plusieurs générations mangent du riz en pensant que cet aliment fait parti de la tradition culinaire africaine. En réalité, l’habitude à consommer du riz est le schéma même de la colonisation qui a fait en sorte que nous avons abandonné les cultures vivrières d’Afrique pour nous rendre dépendants de l’importation du riz d’Asie. Même chose pour le lait. Je n’aime pas le lait depuis l’âge de 5 ans. Cet été en Algérie j’ai eu la chance de rencontrer un vieil ami de la famille – professeur-chirurgien – et j’en ai profité pour lui faire part des mes soucis de peu de consommation de lait. Il m’a répondu : « Ne t’en fait pas, y’a que le marchand de lait qui te dira que le lait c’est bon ». Après tout, nous sommes les seules espèces à continuer à consommer du lait après la maternité. On nous a dit qu’un verre c’est bien, mais que deux c’est mieux. Voilà donc l’idée de Sankara à refuser de rentrer dans le schéma de la consommation, encore une fois imposé par le haut.

Un autre élément qui relève de mon admiration pour Tom est la place qu’il aura voulu accorder à la femme au sein de la société. Nous le savons, chez nous, la femme est une reine. Elle ne peut donc s’épuiser à « travailler ». Mieux vaut qu’elle s’occupe des enfants, de la cuisine, du ménage, que de chercher à s’éduquer pour travailler! En ce sens, Sankara affirmait que l’émancipation de la femme serait impossible sans un changement des mentalités masculines, et que le développement d’un pays est impossible sans son autre moitié. Je me rappelle de cette illustration où la femme, d’une main moud le grain, de l’autre tend le livre à ses enfants, tandis que l’homme aide son épouse à moudre. Il faut reconsidérer les rôles, et responsabiliser les femmes pour leur donner la liberté. Telle était la pensée du révolutionnaire.

Bref, celui qui n’allait jamais à New York sans passer rendre le salut à Harlem avant les assemblées de l’ONU avait compris que la justice est une cause commune. Elle ne peut être que le seul objet des Blancs, Noirs, Tibétains ou Palestiniens…

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné par son plus proche ami, Blaise Compaoré, encore au pouvoir aujourd’hui. Même le père de Sankara n’a pas compris comment celui qui venait manger à la table de ses enfants ait pu faire cela. Comme la CIA qui a appuyé l’assassinat du Che, la France aurait bien pu appuyer le meurtre de Sankara, afin d’éviter que des pays autour ne prennent l’exemple sur le Burkina, déstabilisant ainsi les intérêts de la France.

Alexandre Dumas l’a écrit : « Il n’y a pas d’hommes en politique, que des idées ». Au tour de Tom de rependre : « On peut tuer un homme, mais pas ses idées ». Voilà pourquoi j’ai tenu à composer ces mots. L’homme est parti. Le combat continu. Thomas Sankara symbolise jusqu’ici la dernière révolution africaine. À notre génération de prendre le relais, que l’ont soit Africain ou pas. Si l’Afrique est à genoux, c’est qu’elle est amadouée par une dette qu’instrumentalisent le FMIl’OMC et la Banque mondiale. Comme l’a dit Sankara dans son dernier discours à l’OUA (Organisation de l’unité africaine), « Les origines de la dette montent aux origines du colonialisme […] Ceux qui nous ont prêté de l’argent, sont les mêmes qui nous ont colonisé ». Chaque année, ces mêmes institutions appuient le fait que des gouvernements riches financent leurs producteurs locaux. Ces derniers se retrouvent avec des excédents qu’ils vendent pour pas cher sur les marchés africains. Cette concurrence imbattable avec les produits africains locaux brise la capacité des paysans locaux à produire. Dans un monde où toutes les 5 secondes un enfant meurt de faim ou des maladies qui s’en suivent, à nous d’osez inventer l’avenir.

Écrit par Mahdi alias Dr.MaD